Panse Bête n°7

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Voici la lettre d'information co-rédigée
par les Défis Ruraux et le GRABHN.
Informations techniques et témoignages sont au menu.

Bonne lecture !

 

Joseph Duhamel, conseiller élevage au GRAB HN
Coralie Henke & Bertrand Farrié, animateurs systèmes herbagers aux Défis Ruraux

 
 
Madame et Monsieur SAINTEMARIE, éleveur de 25 chèvres en conversion AB depuis février 2014 – Haussez (76) – Pays de Bray – Système 100% herbe – 4,8 ha dont 1 ha accessible au pâturage (témoignage du 07 octobre 2014).
« Nos chèvres pâturent tous les jours ! Nous les sortons en fin de matinée : quand il fait meilleur dehors et que l’herbe est sèche. En revanche, quand il pleut ou qu’il fait froid, elles restent enfermées. Le pâturage est tournant : 1 ha divisé en 4 parcelles. En plus du pâturage, elles ont du foin, du maïs grain et de la luzerne déshydratée. Le foin est distribué avant la traite, pour qu’elles se tapissent la panse de fibres. Puis  100 g de maïs, 200 g de luzerne et 25 g de CMV sont apportés pendant la traite (2 traites/jour). Du foin est à nouveau distribué après la traite. Quand elles sortent l’après-midi, nous ne donnons pas de luzerne en bouchon le soir. Mais si elles ne sortent pas, elles ont droit à une nouvelle distribution de foin le midi. D’une manière générale nous ajustons l’alimentation selon l’état des crottes et la consommation d’herbe. »
Résultats de production => 2 litres/jour/chèvre en moyenne

Frédéric DURAND, éleveur de 80 vaches allaitantes de race aubrac – Bardouville (76) – Vallée de la Seine –Producteurs de broutards et génisses grasses - Système tout herbe – 122 ha dont 106 ha pâturés (témoignage du 9 octobre 2014).
« Mes vaches allaitantes restent dehors toute l’année et ne sont nourries qu’avec de l’herbe. D’avril à décembre, elles pâturent dans les prairies naturelles et passent ensuite l’hiver sur une parcelle sableuse de 20 ha où elles sont affouragées avec du foin. La totalité de mes 106 hectares pâturés sont des prairies naturelles humides, traversées par des linéaires d’arbres. 30 ha ne sont pâturés qu’après avoir été fauchés à la mi-juin pour faire du stock. Le pâturage est tournant sur des blocs d’une vingtaine d’hectares chacun. L’herbe est également la base des rations des animaux destinés à la vente. Je fais un apport de luzerne déshydratée et maïs grain pour les broutards si les conditions météo sont défavorables et de luzerne enrubannée pour les génisses de 2 à 3 ans, avant l’abattage. J’ai choisi la race Aubrac pour son adaptation à la zone et à la conduite extensive de mes prairies. »
Résultats de croissance chez les broutards : GMQ de 900 g/j en moyenne
 

Le pâturage hivernal : une technique à maitriser !

« Le pâturage en hiver n’affecte pas la production d’une prairie, au cours de la saison, sur l’année et dans la durée »


Des expérimentations conduites dans le cadre du Programme Casdar Salinov pendant 4 ans, montrent que même s’il y a un retard de pousse au printemps, la croissance de l’herbe est lissée sur l’année, sans perte de production.
Le pâturage hivernal a pour objectif de limiter les coûts associés à l’hivernage (fourrages, bâtiments, effluents). Il privilégie la valorisation de la biomasse disponible dans les prairies ou les inter-cultures. En outre le pâturage est plus économe que l’affouragement en vert pour valoriser ces repousses.
Le pâturage hivernal privilégie la valorisation de la biomasse disponible dans les prairies ou les inter-cultures. Il a pour objectif de limiter les coûts associés à l’hivernage en bâtiment : fourrages vert ou stockés, gestion des effluents.
Attention à ne pas ne pas confondre pâturage hivernal et hivernage en plein air. Ce dernier consiste à affourrager les animaux dans une parcelle sans véritablement pâturer.


Quels animaux ?
Tous les animaux peuvent pâturer pendant l’hiver. Même les vaches laitières peuvent sortir, à condition que la portance des sols le permettent et d’avoir des chemins d’accès. 


« Les vaches se portent bien dehors »
Les expérimentations conduites dans le cadre du programme Casdar Salinov montre que les animaux restent propres et ne présentent pas de problème de santé (blessures, boiteries…). De plus l’état d’engraissement est stable dans la mesure où les animaux sont affourragés, à hauteur de 50 % de leurs besoins. On apportera des fourrages grossiers de type paille ou foin tardif.


Le parc stabilisé d’hivernage (PSH)
Quand les conditions climatiques deviennent limitantes, il faut pouvoir contenir les animaux afin qu’ils ne dégradent pas la prairie. Le PSH peut-être une alternative au bâtiment. C’est une zone stabilisée, fonctionnelle et étanche dont on récupère les jus. Equipé de barrières et râtelier, le PSH permet de bloquer et affourrager le bétail.


 
Des économies !

 Associer PSH et pâturage hivernal permet des économies de 30 % de paille et 50 % de fourrages pour un investissement limité. Compter environ 1300 €/place contre 1500 € en aire paillée intégrale.
 

Les 10 commandements du pâturage hivernal :

  1. Chargement global modéré : 1 UGB/ha
  2. Conduite en pâturage tournant
  3. Un seul passage par parcelle pendant l’hiver
  4. Temps de séjour maximal de 8 à 15 jours
  5. Sortie de parcelle : 4-5 cm de hauteur d’herbe
  6. Respecter un temps de repos minimum de deux mois par parcelle
  7. Adapter la conduite aux conditions climatiques :
    • doubler la surface offerte et faire tourner plus vite les animaux
    • bloquer les animaux dans un parc stabilisé d’hivernage
    • arrêt du pâturage
  8. Disposer d’abris naturels de type haies ou bosquet afin que les animaux puissent se protéger des intempéries.
  9. Affourrager les animaux
  10. Adapter le pâturage selon climat et type de sol des parcelles

 

Faire traverser la route à son troupeau

vaches sur la routeEntre les réactions des automobilistes, le stress de provoquer un accident et le manque de clarté de la règlementation, la traversée d’une route est bien souvent un obstacle difficile à surmonter pour les éleveurs qui souhaitent étendre leur surface de pâturage. Petit tour d’horizon des règles en vigueur et des solutions qui existent…

 

L’utilisation de la voie publique est autorisée
Conformément au code de la route, la circulation des animaux sur la voie publique est autorisée. Elle doit néanmoins se conformer à certaines règles (articles R 412-44 à R 412-50) sous peine d’amende (de 22 à 75 €) :

  • Le troupeau doit être conduit par une personne au moins
  • Les usagers doivent être avertis de la traversée de la chaussé par les animaux (triangles de danger, drapeaux…)
  • En cas de circulation le long de la route, le conducteur du troupeau doit le maintenir le plus près possible du bord droit de la chaussée pour ne pas constituer une entrave à la circulation
  • Dès la chute du jour, le conducteur doit porter une lanterne allumée signalant la position du troupeau

L’autorité de gestion de la route concernée (maire ou préfet) peut toutefois réglementer la circulation des animaux mais elle doit être en mesure de prouver une atteinte à la sécurité ou à l’hygiène publique.
Le propriétaire du troupeau est également tenu de nettoyer la route si son état de salissure représente un danger pour les usagers (article L 116-2 du code de la voirie routière).


Quelles solutions pour traverser la route ?

 

Signaler la zone de traversée
panneauSi la circulation sur la route concernée et faible et qu’elle ne présente pas de danger particulier, l’investissement dans un dispositif spécial n’est pas justifié et la pose de panneaux signalant le passage d’animaux suffit. L’installation relève de la responsabilité de la mairie mais la charge en revient à l’éleveur. En comptant une cinquantaine d’euros par panneau, l’investissement reste cependant limité. En Irlande, certains éleveurs remplacent les panneaux par des gyrophares installés de part et d’autre du passage.


 

 

 

 

 

Le chien de troupeau
chien de troupeauL’utilisation d’un chien de troupeau est un moyen de sécuriser les déplacements des animaux sur la route, surtout si l’on est limité en main d’œuvre. De nombreux éleveurs avouent être plus « zen » avec un chien de troupeau, d’autant qu’il peut être utile à bien d’autres occasions.

 


 

Le passage canadien électrifié

passage canadienLa mise en place d’un passage canadien électrifié permet le passage régulier des vaches sur la route sans assistance humaine. Le dispositif est composé de tapis de chantier en caoutchouc qui délimitent la zone de traversée et sur lesquels sont posés des fils de clôture. Alimentés par un poste de clôture, ils dissuadent les vaches de s’aventurer au-delà du couloir tout en permettant le passage des voitures.
Testé par des éleveurs bretons (lien), ce système a fait ses preuves moyennant un investissement limité. Entre les tapis, l’installation électrique et les panneaux de signalisation pour avertir les automobilistes, l’installation revient à 500 €. Côté administratif, le passage canadien électrifié doit faire l’objet d’une convention avec la mairie et d’une déclaration auprès de son assureur.
Ce dispositif ne peut toutefois s’appliquer que sur des routes étroites et peu fréquentées.


Le boviduc
boviducSur des routes fréquentées ou présentant un danger, le boviduc (à découvrir ici et ici) reste le meilleur moyen de faire traverser les animaux. Il consiste à aménager un passage sous une route grâce à l’installation de dalots ou de buses en bêtons. Avant de se lancer dans sa réalisation, certains points essentiels sont à réfléchir en amont. L’inclinaison de la pente (jusqu’à 20 %), le revêtement du chemin et la largeur du boviduc (au moins 2m) doivent permettre une circulation sans encombre des animaux. De plus, un sondage préalable du sol est nécessaire pour connaître la nature du sol et adapter les travaux en conséquence. boviducL’investissement est variable selon les situations mais ce chiffre varie, en général, entre 15 000 et 25 000 €. Il ne faut pas hésiter à solliciter les communes qui sont parfois prêtes à prendre en charge une partie des travaux et certaines caisses locales (Groupama…) qui attribuent des subventions pour projet innovant.
Pour un tel chantier, pas besoin de permis de construire. Mais une demande de travaux est à déposer en mairie pour une voie communale ou au conseil général pour une route départementale.
Quelles que soient les situations, il existe toujours un moyen d’aller voir si l’herbe est plus verte de l’autre côté !

 


Trucs et astuces

par Temple Grandin, professeure en sciences animales à l’Université de Colorado (USA)

"Taureaux : prévenir plutôt que guérir !"
Un taureau dangereux est souvent un animal qui a été mal sociabilisé. Vers l’âge de deux ans, lorsqu’il devient mature, le jeune mâle va chercher à se mesurer à ses pairs. Si cet animal a été élevé seul sans sociabilisation avec ses congénères, il ne fera pas la distinction entre l’éleveur et les autres bovins : d’où un risque accru d’agression.
Lors de l’achat d’un taureau, privilégiez un mâle qui a été élevé sous une nourrice ou au moins en case collective avec d’autres veaux mâles.


Agenda

  • 4 novembre formation en pays de Bray Comprendre son sol pour mieux piloter sa prairie (contact : Bertrand)
  • 5 novembre formation en pays de Caux Comprendre son sol pour mieux piloter sa prairie (contact : Coralie)
  • Novembre : Bilan saison de pâturage Pays de Caux (contact : Coralie)
  • 27 novembre : Ferme ouverte SAGE/DR/GRABHN/SEGRAFO chez Laurent Moinet (contact : Bertrand)
  • 3 ou 5 décembre : Horizon 2015 : Quelles opportunités en lait biologique ? (contact : Joseph)
  • 10 et 11 décembre : Nourrir et soigner mes vaches en agriculture biologique (contact :Joseph)
  • 6 et 7 janvier : Soigner mes chèvres en aromathérapie (contact :Joseph)
  • Janvier 2015 : Aromathérapie avec Michel DERVAL (contact : Coralie)
 
 


 

LA PLUME EST À VOUS...

Vous souhaitez partager vos trucs et astuces ou vos observations de terrain autour de la thématique de l'élevage herbager, alors envoyez-nous vos écrits et photos, pour le prochain Panse Bête.

 
 

 
 

Les Défis Ruraux
Coralie Henke & Bertrand Farrié
Animateurs systèmes herbagers aux Défis Ruraux
Tél : 02.32.70.43.18
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Joseph Duhamel
Conseiller élevage
Tél : 02.35.59.47.27
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