Découvrir cette légumineuse encore trop peu connue

Photo : Les graines de lupin sont récoltées lorsqu'elles ont atteint un taux d'humidité d'environ 14.5%

 

Au début du mois d’août, des agriculteurs du pays de Caux se sont réunis autour d’une parcelle de lupin de Benoît Minard, exploitant à Petiville. Leur objectif ? Découvrir cette légumineuse encore trop peu connue et qui présente pourtant de nombreux avantages du point de vue agronomique, tant pour les cultures que pour l’élevage. Le genre des lupins se dissocie en plusieurs espèces dont le lupin blanc doux, implanté sur la majorité des surfaces en France en variétés d’hiver et de printemps.

Les principales régions de production du lupin en France se concentrent surtout autour des régions pays de la Loire, Centre val de Loire et Nouvelle Aquitaine. Aujourd’hui, avec un catalogue de variétés plus développé, il est possible d’envisager sa culture en Normandie, en privilégiant des variétés très précoces.

Sur la parcelle, c’est donc une variété précoce de lupin blanc de printemps qui a été semée le 24 mars. Benoît décrit les caractéristiques de son sol, indispensables au succès de la culture : séchant et très pauvre en calcaire actif (<2.5%). Le lupin étant une légumineuse, il faut inoculer ses semences avec la bactérie Bradyrhizobium lupini, non présente naturellement dans les sols. Cela permettra une symbiose bactérie-plante manifestée par l’apparition de nodosités et la fixation de l’azote atmosphérique. Par ce fait, la culture ne nécessite pas d’apport externe d’azote.

 

 

Pour sa première année, la stratégie de Benoît a été de semer densément le lupin pour couvrir un maximum de surface aux stades avancés et ainsi éviter les rattrapages. Malgré cela, un herbicide en pré-levée a été pulvérisé pour sécuriser la levée. Stratégie gagnante puisque lors du tour, la parcelle est propre ! Alternativement, on pourrait aussi augmenter l’écartement et substituer les phytosanitaires avec du désherbage mécanique : houe/herse en pré-levée puis herse/houe/bineuse ensuite. Il est possible d’intervenir mécaniquement jusqu’à la floraison.

La parcelle de Benoît n’a pas subi de pression de maladies ou ravageurs particulière ; il a donc pu faire l’impasse sur les fongicides et insecticides. Le lupin de printemps est moins sensible à ces pressions mais il faut rester vigilant (mouche des semis, thrips, anthracnose,…)

Le tour de la parcelle laisse entrevoir de belles perspectives de rendement (30 à 40 qx/ha) pour une récolte prévue début septembre (tardive en raison des conditions humides de cette fin d’été).

Aujourd’hui, les coopératives normandes s’intéressent à cette culture, ce qui a permis à Benoît d’avoir un débouché pour le volume de cette année. Le potentiel de cette culture laisse supposer une forte dynamique de développement des surfaces et d’augmentation de la demande.

 

Le lupin présente aussi des intérêts en élevage, avec sa forte valeur protéique (34%). Le lupin blanc doux n’est pas amer comme c’est le cas pour d'autres espèces notamment plus ancienne. Des études montrent qu’il peut être amené dans une ration bovine en graines entières et qu’il est même plus valorisé par l’animal dans ce cas (mélangé à une céréale par exemple).

 

Et le soja ?

Les agriculteurs ont également visité une parcelle de soja semée mi-mai. Le soja français profite d’une belle dynamique car il est non OGM contrairement à la majorité des sojas exportés et produit plus localement ce qui pourrait intéresser le marché de l’alimentation humaine et animale, notamment en bio. Il commence donc à être cultivé en Normandie, même s’il requiert un sol avec de bonnes réserves hydriques. L’année passée, Benoît a réussi à produire 38q/ha de graines.