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Si le Bale Grazing est une méthode testée et adoptée par de plus en plus d’éleveurs, le regard du grand public est un frein à l’adoption de cette pratique pour de nombreux agriculteurs.

Le 3 février dernier, un groupe de discussion sur le Bale Grazing s’est tenu à La Baroche-sous-Lucé, dans le cadre du projet CASDAR « BaleOpré ». Il a réuni 6 citoyens et 2 éleveurs de l’Orne, et a été coanimé avec Virginie Dalle de l’IDELE.

Cette démarche de recherche qualitative poursuivait quatre objectifs :

  • Comprendre la perception des citoyens vis-à-vis de l’élevage en plein air et du bale grazing
  • Analyser l’évolution de ces perceptions après un échange avec des éleveurs pratiquant cette méthode
  • Identifier les freins, les craintes et les leviers d’acceptabilité associés au bale grazing
  • Produire des éléments de langage et d’argumentaire pour aider les éleveurs à dialoguer avec le grand public sur cette pratique.

Dans un premier temps, chaque citoyen devait choisir une photo correspondant à sa vision de l’élevage et une photo qui le questionne, l’interpelle ou le dérange. Puis, les photos choisies étaient accrochées au mur et donnaient lieu à une discussion. L’opération a été répétées sur 3 séries de photos : bâtiment/plein-air, saison estivale et saison hivernale. Chaque série comportait des photos de bale grazing sans que la pratique ne soit explicitée.


Photos correspondant à leur vision de l’élevage


On remarque une « image de publicité » avec du ciel bleu, de l’herbe verte et des animaux en extérieur où les conditions météo défavorables ne sont pas imaginées. Les citoyens ont exprimé des craintes notamment sur la boue, le froid, le manque d’espace (« les vaches se regroupent ») et de nourriture, le gaspillage et les conditions d’élevage « artificialisées ».

Plusieurs remarques des citoyens font preuve d’anthropomorphisme notamment sur la température de confort des animaux et la notion de troupeau.

mur photos 2

Photos qui les interpellent, les questionnent ou les dérangent

Dans un second temps, la pratique du bale grazing a été définie. Les deux éleveurs, Gérard Grandin et Yoann Quiniou, ont présenté leur exploitation et leurs pratiques du bale grazing puis un échange avec les citoyens a eu lieu.

Yoann témoigne :

« J’ai trouvé ça très bien de faire connaître nos systèmes herbagers qui sont méconnus au travers du bale grazing. On a souvent le même type de réaction : comment ça se fait que tout le monde ne fasse pas ça ? Je pense que les gens ne se rendent pas compte de la pression du regard des autres agriculteurs. C’est facile pour un agriculteur de se faire influencer pour aller dans un système intensif. A l’inverse, prendre un système à contre-courant est beaucoup plus difficile. Notre métier d’herbager, de gestion de pâturage est bien plus compliqué que celui de faire toujours la même ration à l’auge. La gestion de l’herbe est complexe et demande de la technicité. Mais ces choses-là sont méconnues du grand public qui est très peu conscient de ces difficultés-là. Suite à notre intervention, notre discours a fait changer le regard des gens sur certaines pratiques. Les gens sont de plus en plus déconnectés du monde agricole. Si ce genre d’événement permet de refaire du lien c’est bon à prendre. On sent bien qu’il y a une perte à ce niveau-là, à nous de trouver des parades ! ».

Gérard acquiesce :

« C’est toujours utile de dialoguer avec les gens. Nous quand on fait de la vente directe on explique à nos clients comment on travaille. Aujourd’hui la majorité de la population est déconnectée de l’agriculture. On a des remarques de personnes qui sont dans l’anthropomorphisme. La température de confort d’une vache est un élément qui m’a choqué dans la méconnaissance des citoyens. Les idées que les citoyens peuvent avoir sont totalement déconnectés du bien-être animal. La notion de troupeau et de stress lorsqu’une vache est seule, c’est fou ! On projette nos souhaits sur l’animal, c’est de l’anthropomorphisme. L’idée c’est de toujours réexpliquer les fondamentaux car il y a une absence de connaissances de la plupart des gens. Les personnes présentent vont retenir presque 10% de ce qui s’est dit à l’oral mais il faut répéter et répéter car c’est comme ça que ça marche. »

En synthèse

Les citoyens sont intéressés par l’agriculture mais manquent d’informations, notamment sur les différences entre agriculture bio et conventionnelle, sur les bénéfices de l’agriculture sur l’environnement et sur les conséquences du changement climatique sur les conditions d’élevage.

Après échange avec les éleveurs, les citoyens sont rassurés et convaincus de la pratique : « Bien que ruraux, on a appris beaucoup sur les vaches et les méthodes d’élevage. », « Pourquoi le bale grazing n’est pas plus connu ou répandu comme pratique ? ».

Le bale grazing interpelle et questionne les citoyens, mais il convainc dès lors qu’il est expliqué et vulgarisé.
Ces échanges montrent toute l’importance de la pédagogie pour mieux faire comprendre les choix des éleveurs, qu’il s’agisse de bien-être animal, d’impact environnemental ou d’adaptation aux conditions climatiques.